LAO SIU LEUNG PAK MEI KUNE

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jeudi 3 juillet 2014

Arts anciens et musculation spécifique

Pratiquants de Suai Jiao posant à Tianjin début 1900


                Il est une idée préconçue très largement répandue chez les néophytes des arts martiaux (et souvent même chez les pratiquants), que la pratique de la musculation n'est pas nécessaire, voir, inappropriée à une bonne pratique martiale. Nous pouvons aussi entendre ici et là que le muscle ou la masse musculaire ralentit la vitesse d'exécution et diminue la souplesse...
Cela et vrai, mais faux à la fois, nous voici encore dans un nouveau paradoxe sur l'art antique du combat chinois...

La réalité n'est pas toujours celle que l'on s'imagine...
L’imaginaire populaire occidental visualise le maître de kung-fu comme étant souvent un vieil homme, tout petit, maigrelet et très sage.
Compte tenu de cette croyance très répandue, de nombreuses personnes pensent réellement pouvoir apprendre à se défendre de façon efficace en utilisant un minimum de techniques, de puissance et usant uniquement de la souplesse, utilisant la force adverse à son avantage... L'entraînement ne doit pas être trop difficile non plus... du kung-fu « fast food » en somme...

Alors, soyons sérieux deux minutes...
La condition physique telle qu'on la perçoit de nos jours (du cardio et une résistance dans la durée) n'est pas une chose obligatoire pour gagner un combat ou une agression de rue comme je l'ai déjà expliqué par le passé. Lors d’une confrontation de rue il faut être rapide et efficace, nous ne devons pas "lutter" durant 10 minutes.
En revanche, cela ne signifie pas qu’il ne faille pas être bien préparé et en ce sens j’entends préparé à recevoir les coups et à infliger des lésions sérieuses à l’opposant. Je vous assure qu'arrêter une frappe d'un agresseur déterminé demande du travail et pas uniquement en terme de reflexe, le bras doit être solide, dans sa structure et son muscle.

Depuis la nuit des temps

WukeDao aux dimensions démesurés dans une campagne chinoise
Comme je le rapportais dans un précédent article (confère : le Wen et le Wu « deuxième partie »), réussir les examens de Mandarins Militaires était certainement la façon la plus sûre d’atteindre un meilleur rang social dans la société féodale chinoise. L’examen, ayant lieu tous les 3 ans sous la supervision de l’empereur lui-même, était basé sur les connaissances intellectuelles des textes classiques anciens et stratégiques militaires tout autant que sur la pratique physique et les qualités athlétiques du prétendant officier.

Carte postale française, fin des années 1800, notez la légende en dessous du dessin

Parmi les tests physiques, se distinguaient de difficulté :

-Le tir à l’arc lourd (WukeGong)
Le poids de tirage le plus lourd de la partie tir à l’arc semble avoir été de 110 kg !

-La pratique de la hallebarde lourde (le WukeDao)
Différentes routines devaient être présentées. Cette arme n’était pas tranchante et entièrement réalisée en fer, y compris l'arbre. Les poids des trois types de wukedao décrits dans le Huangchao Liqi Tushi sont 120, 100 et 80 jin (60, 50 et 40 kilos respectivement).

-Le soulevé de poids impérial (WukeShi)
Le soulevé de poids consistait à décoller une pierre du sol à l’aide d’alcôves sur les parties latérales. Selon le Huangchao Liqi Tushi, ceux-ci viennent en trois poids différents: 300, 250 et 200 jin (150, 125 et 100 kilos respectivement).

A savoir que la valeur de poids en Jin, n’était pas égale à Pékin et dans les autres provinces (1 Jin est égale à 597g à Pékin alors qu’en même temps il n’est égal qu’à 585g en province). La valeur du Jin a aussi varié dans le temps, selon les époques.

*Crédit historique pour la partie militaire :
-Mon ami Peter Dekker, spécialiste de la dynastie Qing.                                                   Site web : http://www.mandarinmansion.com/welcome
                http://www.manchuarchery.org/
-Valeurs des Jin tirées de l’ouvrage : Pratique des examens militaires en Chine, par le P. Étienne Zi (Siu) (1851-1932)

Matériel de musculation traditionnel.



Représentation de deux officiers tentent de passer les examens militaires.

Nous pouvons aisément en déduire que les qualités physiques, en terme de développement de la force/musculation furent toujours un sujet de préoccupation dans la pratique martiale (soldats/militaires) et que les soldats apportaient à l’époque une grande attention à celle-ci.


Poids et altères d'examens militaire trouvé dans la demeure d'un descendant
de générale de la dynastie Ming dans la campagne de Yangshuo, Avril 2014.
 La pierre fait 180kg, les poids respectivement 18kg et 25kg


Moi tentant de soulever le poids de 180kg
de la manière ancienne


Ici, posant avec le maître des lieux, le descendant du Général.







Renforcement dans l’art martial antique
Si l'interrogation maintenant se porte sur la pratique antique et savoir si les écoles de kung-fu anciennes pratiquaient des exercices de musculation, la réponse est oui pour la plupart des styles.  
Des écoles réputées sont connues pour former des combattants robustes comme le style Choy lee fut, qui recrutaient en outre sur les marchés parmi les bouchers, poissonniers et autres rustres paysans aux métiers physiques.
Chaque école a développé des méthodes de musculation spécifique, en isométrie, avec partenaire ou bien lestés de poids et altères.

Posant avec une altère "cadenas", entrainement de rue
Quelques exemples de styles ayant basé une partie de leur stratégie sur la musculation:

- L’ethnie Hui et spécifiquement les pratiquants du style Liu He Quan (boxe des six coordinations) continuent de pratiquer des exercices avec des poids de pierre. Ces altères ont la forme de cadenas chinois traditionnels, tels que ceux fermant les malles et coffres par le passé. Leur spécialité reste aujourd’hui encore la pratique de la hallebarde lourde YanYue Dao, certainement descendant de la pratique des officiers aspirants lors des examens militaires.

- le Taiping Quan (portant le nom de la révolte de la secte des Taiping) dont les adeptes continuent également de pratiquer des formes d’hallebardes lourdes, contient 3 formes utilisant des poids différents :
Une de 18 Jin (9kg) pour la pratique de la technique, une de 58 Jin (16kg) pour la pratique régulière et une de 180 Jin (90 Kg) pour le développement de la puissance.

-Le style Hung Kuen pratique avec des anneaux de force placés sur les avants bras et exécutant leurs formes ainsi lestés. Ce travail de résistance a pour objectif de forger des épaules et bras forts.

-Le style Chow Gar pratique une foultitude d'exercices avec partenaire, travaillant pour la majeure partie en isométrie tels que le "chay sao" (exercices avec partenaire main contre main dessinant un carré où la force de poussée et de résistance est exercée à tour de rôle).

-Le Shuai Jiao (lutte chinoise) pratique avec des sortes d'altères de pierre des exercices codifiés de soulevé de terre ou balancement à l'aide de la taille en vue des projections spécifiques.

Ethnie Hui pratiquants de Liu He Quan posant avec les hallebardes et altères lourdes.














Exercices spécifiques pratiqués par mon école:

-Altères lancées en explosion :









-Pots remplis de graviers :









-Isométrie des frappes en œil de phénix :










La question se pose donc sur le travail de puissance/musculation
Tous ces exercices ont pour objectif de donner résistance aux muscles et tendons, mais aussi développer la puissance. Car avoir un corps musclé et tendu n'est en aucune manière opposé à un quelconque relâchement; nous pouvons très bien avoir à la fois le muscle solide mais relâché, être musclé et souple... Une bonne musculature aide à la tenue de corps tout en produisant une puissance supplémentaire. N'opposez pas relâchement et puissance, car dans de nombreux styles, la puissance vient du relâchement et de la contraction musculaire brève au moment de l'impact. Evidement, ce travail ne doit pas se faire sans une bonne séance de stretching à la fin pour délasser les muscles et conserver l'élasticité ainsi que le relâchement.

Bien entendu, il ne s'agit pas d'exercer ses muscles en volume de façon démesurée mais bien de rechercher la solidité et la puissance dans l'explosion. Le travail de la musculation spécifique est une grande partie du travail structurel du style, le fameux « Kung ». La tenue de corps par des muscles solides est le ciment entre les parpaings qui fait que le mur tient. C'est en tout cas le but des exercices de musculation spécifique de notre style, le fatsan pakmei.
             Démonstration rapide d'une certaine explosion. Je mesure 1,92 m pour 100 kg. 

Le Qi et la puissance, la dimension interne
Le développement du Qi (l'énergie interne) dans la métaphysique chinoise en terme de sortie de "force" est en réalité cette chose qui génère la force, la frappe, l'impact, et est donc couplé à la mécanique musculaire pour produire son effet dévastateur. Le Qi produit la force qui est expulsée et peut donc s'exprimer à l’aide des muscles. Ce phénomène se traduit par l'explosion musculaire, le muscle étant le véhicule du Qi dans l'impact. L’explosion de cette énergie se traduit par une contraction brève des muscles « too » (contraction/décontraction). Sans muscle, aucune contraction brève, aucune sensation et feeling lors de la frappe.
Ils sont donc liés l'un à l'autre de façon interdépendante. Le Qi seul ne peut rien, le muscle sans le Qi sera une masse inerte, lourde et sans réel avantage dans un combat.

Conclusion

La pratique de la musculation n'est pas un frein et est même selon moi nécessaire à la formation complète du combattant. Maintenant, il va sans dire que la musculation ne doit pas se faire à outrance et que le but ne doit pas être la masse démesurée et qu'il est plus judicieux de se mettre à la musculation une fois l'art martial développé que se mettre à l'art martial une fois la masse lourde développée... Une simple question de bon sens :)

Démonstration de rue des exercices de musculation spécifiques.

mardi 10 juin 2014

Nouvel ouvrage: Les couteaux queue de tigre






Comme vous le savez déjà certainement, il y a de cela 3 ans, j'ai crée les éditions realkungfu afin de faire connaitre les arts martiaux chinois authentiques.

A travers l'édition Realkungfu, je cherche à partager et répandre mes connaissances dans un soucis de qualité. Je m'applique à la mise en page essayant de rendre du beau sur des informations de qualités.

L'édition compte déjà-deux ouvrages à son actif:
  •    Le mystérieux et impitoyable Fatsan Pakmei Kung-Fu
  •   Réflexion sur l'art du poing
J'ai mis aujourd'hui au point une collection spéciale traitant de la pratique des armes traditionnelles qui sont une partie spécifique de mes connaissances. 

 Cette collection spéciale a pour objectif de répertorier les différentes armes provenant des lignées les plus fameuses. Ce matériel instructif a pour but la conservation et la protection du patrimoine guerrier ancestral à l’égard des générations futures qui, sans cette aide, ne pénétreront jamais l’infinie richesse martiale et le passé culturel de l’empire du milieu.
Ce premier numéro traite de la forme des couteaux papillons du maître de Wing Chun Pan Nam de Foshan. Attention, la forme n'est pas issu du style Wing Chun, bien que pratiquée par la lignée de Pan Nam. 
Cet ouvrage est le premier d'une longue série qui se poursuivra dans les années à venir. 



Voici une partie de la forme et de ses applications:




Afin de vous le présenter, Je vais vous poster ici le 4ème de couverture:



" La forme présentée dans cet ouvrage, “les doubles sabres queue du tigre“ Fu Mei Seung Too“ , fut enseignée par le Maître Pan Nam du style Wing Chun de Foshan (bien que n’en étant pas originellement issue). Forme relativement courte, elle convient très bien aux débutants par sa simplicité et rapidité d’assimilation. La composition de ses techniques inclut des attaques et défenses à courtes et longues distances ainsi que l’utilisation des sabres tournés dos de lame en protection contre l’avant bras.


Au delà de servir d’aide mémoire, cet ouvrage contient les applications ainsi que des informations sur l’historique de l’arme que vous pourrez découvrir au travers des 113 photos qui l’illustrent.

Il devrait je l’espère, ravir les pratiquants d’arts martiaux chinois et plus spécialement de Wing Chun.".

Pour vous le procurer:

Acheter Les doubles couteaux queue de tigre


samedi 22 mars 2014

Toute la vérité sur les "couteaux papillons" 蝴蝶刀

Soldat chinois du sud de la chine (1860)
 Certainement de Canton posant avec des Hudiedao de style anciens. 

               Afin de présenter le stage du 5 Avril à Narbonne sur les Hudiedao  蝴蝶刀 « couteaux papillons » ; mais aussi afin de remettre au clair une idée très largement rependue qui tend à dire que ces sabres courts sont une pratique issue du style Wing Chun ; je vais tenter de vous les présenter ici de façon un peu plus détaillée.
   

Différentes appellations…
Sabres courts, couteaux cantonais, oreilles de bœuf…  sont autant de noms donnés de façon fantaisiste à ces grands couteaux.
Ces sabres courts sont originaires du sud de la chine.  Le nom chinois traditionnel est  «Hudiedao » , littéralement sabres papillons, nom donné en raison de l’utilisation fleurie des rotations de poignets dans l’exécution de leurs techniques. Ces couteaux sont, nous pouvons le dire, assez récents. Il n’existe pas d’exemple connu remontant au-delà du début du 19 ème siècle. On peut donc en déduire que toutes traditions martiales se réclamant de temps  plus anciens ont soit incorporé leur utilisation de façon assez récente, soit …. J

 Il existe deux types de design différents pour les lames.
-          Une,  plus longue et pointue remontant de la garde à la pointe de façon plus effilée et triangulaire mais assez large en épaisseur.
-          L’autre, plus courte, plus fine d’épaisseur mais plus large sur toute la longueur.

Les deux types de Hudideao, "larges" à gauche (modèle plus récent) et "fins" à droite (modèle ancien).
 L'exemple à l'extrême droite semble être un style hybride, certainement forgé à la jonction entre les deux styles .

         Généralement, les exemples anciens étaient plats sur une des faces pouvant ainsi être insérés l’un contre l’autre avec facilité dans un fourreau généralement en cuir.
Ils possèdent tous deux une garde (généralement en laiton) qui remonte dans le dos de la lame permettant d’y insérer le pouce et pouvoir les utiliser en rotation, pointe vers le bas, protégeant ainsi l’avant bras (voir la vidéo). Ce petit crochet sert aussi à bloquer/contrôler l’arme de l’adversaire laissant l’autre sabre libre de riposter.  A l’inverse des épées, ils ne sont tranchants que sur un bord. Originellement les lames n’étaient pas tranchantes sur toute leur longueur mais souvent sur les 2/3 partant du milieu à la pointe afin de permettre de bloquer sans endommager le fil de coupe. Leur longueur  de lame est généralement équivalente  à la longueur d’un avant bras, même si il en existe de toute taille.

Chef des triades de New York 1930

Historiquement les milices villageoises utilisaient cette arme dans le sud de la chine, au même titre d’ailleurs que les gangs, triades, même expatriés dans le chinatown de San Fransisco et ceux jusque dans le milieu des années trente. Les militaires chinois du sud dans le courant des années 1800-1900 les utilisaient également.
 
Démonstration de rue San Fransisco 1900
Remarquez le style plus large, adopté par les artistes martiaux jusqu'à nos jours

Les Hudiedao en quelques styles
Comme je le disais au début du topique, ces armes ne sont pas une utilisation dédiée spécialement à la pratique du Wing Chun, même s’il est vrai que celui–ci en a fait la renommée et aidé à leur popularisation au niveau mondial. Nous pouvons aisément dire que tous les styles du sud de la chine à quelques exceptions prêts les utilisent.  Les styles Pak Mei, Long Ying, Yau Kung Moon, Mok Gar, Hung Fut, Choy Lee Fut, Jow Gar, Chow Gar, Ark Fu Moon… ont tous une forme utilisant ces sabres.
Parmi ceux-ci, se distinguent les styles Hung Gar de la lignée de Tang Fong et Wing Chun ayant renommé  l’arme en Tze Mo Seung Too 子母双刀  « sabre mêre et fils »  pour le Hung Gar et Ba Jam Too  八斬刀  « sabre 8 tranchant » pour le Wing Chun.
Bien que la plupart du temps les couteaux soient utilisés par paire, il existe des écoles telles que le Choy Lee Fut qui n'utilisent un seul couteau additionné au bouclier (Tan Bai).


La forme présentée ici est relativement courte et convient très bien aux débutants par sa facilité et rapidité d’apprentissage. C’est une « forme du sud » dont l’origine est inconnue (ce qui est régulièrement le cas en chine étant donné que les maîtres s’échangeaient des formes dans le passé), elle m’a été enseignée par un vieux maitre de Pak Mei dans la campagne aux alentours de Foshan.


lundi 6 janvier 2014

Première video d'une série d'explication sur les mouvements classiques du Fatsan Pakmei


                      Juste histoire de présenter mon travail et mon style premier le Fatsan Pakmei kung-fu, j'ai décidé de commencer une série de vidéo présentant les coups les plus classiques du style.

ATTENTION!! Cette série n'a pas pour but d'enseigner le système, mais simplement le faire mieux connaître du grand publique. Les explications, bien que complètes, seront simples et sommaires.

Dans cette première vidéo en anglais, (oui, nous touchons toujours plus de monde de cette façon), il est présenté deux mouvements enchaînés de la première forme de l'école le Siu Sap Dji (la petite croix ou le petit caractère 10) ceux-ci sont "Soo Sao" et "Chong Choy" .

Ils sont démontrés avec une gamme d'applications assez grande, sans être totalement complète :)

Pour ceux qui parlent et comprennent l'anglais, je suis sincèrement désolé, parler devant un objectif est un jeu tout nouveau pour moi, il me faudra là encore, pas mal de pratique pour le maîtriser :) 

J'espère que vous apprécierez...!



mardi 19 novembre 2013

A la découverte des Mai Mo 買武 ...


De toutes les sortes de maîtres que nous pouvions rencontrer autrefois, deux catégories d'entre eux attirent mon intérêt et excitent mon imagination particulièrement. Il s'agit des gardes et escortes (sujet auquel je consacrerai un prochain article*) et les maîtres démonstrateurs de rue, les "Mai Mo".

Photo d'une carte postale Shanghai 1911

A l'arrivée de l'ère républicaine en 1911, la Chine sortait d'une histoire dynastique longue de 4 millénaires. En ces temps agités, le passage de la dernière dynastie Mandchou Qing à la République de Chine ne s'est évidemment pas fait dans le calme. Les différentes sectes révolutionnaires ultra-actives telles que "les poings de justice et concorde" pour ne citer qu'elle, finirent par se retrouver sans ennemis à combattre.
Je présume donc que les chefs des boxeurs, forts de leurs tours de prestidigitation les ayant aidé à rassembler les masses et trouver de nouveaux adeptes à enrôler dans leur lutte anti-Qing puis anticolonialiste (sortir indemne à des tirs de balles à blanc, résister à des coups de sabres non-tranchants....); n'ont certainement pas mis longtemps à comprendre que leur seul moyen de s'en sortir dorénavant, était de faire la démonstration de leurs talents martiaux/trucs contre rémunération...

Parmi les nombreux tours de foire, le boxeur ingurgite semble t'il ici, un "Tie Chi" (Sai). Semblable à nos avaleurs d'épées en occident.
Bien que certainement plus anciens, les Mai Mo (littéralement: vendre l'art martial) se trouvèrent indubitablement plus nombreux en ces temps difficiles, formés d'anciens boxeurs repentis mais aussi certainement par les gardes des escortes armées qui disparurent à cette même période avec l'arrivée de la police moderne*. Tout ce petit monde ne trouvant plus de moyen de subsistance, dû se résigner au vagabondage, choisissant, on peut aisément l'imaginer, les endroits les plus fréquentés pour leurs représentations martiales (places de marchés, rues commerciales, quais de ports de plaisance, stations de trains...).


Ces maîtres, en recherche de pitance dans cette nouvelle chine mouvante, œuvraient comme des saltimbanques et autres troubadours; se déplaçant souvent de ville en ville, quelques fois même du nord au sud de la chine à la manière des cirques. Certaines fois par petits groupes de 2/3 personnes; le maître et un ou deux disciples; d'autres, de façon bien plus organisée.

Boxe du singe dans les rues de Shanghai en 1930. Notez les armes attachées entre elles en "pyramide" très caractéristique à cette période. Vous pouvez voir la même chose sur la photo de la carte postale (le jeune boxeur au sabre). Notez aussi, que ces boxeurs semblent être un groupe organisé, puisque les autres membres délimitent l'ère de démonstration à l'aide de bâtons sur tout le tour.

Bien qu'étant issus de styles traditionnels les Mai Mo ont souvent ajoutés des techniques acrobatiques au sein même de leurs formes, les rendant plus attrayantes aux yeux novices de leurs spectateurs. 
Leurs tours, nombreux et impressionnants, tels que: démonstration de force pure, tirage de voitures avec les dents, casses de matériaux, résistance aux coups, torsion de lances avec la gorge, maniement d'armes complexes et nombreuses..., étaient maîtrisés à la perfection.
Ils étaient aussi parfois pourvus de quelques talents de conteurs, jongleurs, acrobates... ayant ainsi plusieurs cordes à leur arc.

Démonstration de rue mêlant arts martiaux et acrobaties 

Des maîtres de Hong Kong de renom ont dû, un certain moment de leur vie, recourir à ce type de gagne-pain comme le grand maître de Hung Gar, Chiu Kao ou le grand maître de Taiji Tang Lang, Chiu Chu Kai du temps où il vivait à Macau. 

Soulève maintenant la question de savoir si ces démonstrateurs de rues avaient de réelles aptitudes de combat, l'expérience et la capacité sérieuse à se défendre? Vivre dans la rue en cette période de bouleversement, pleine de malfrats, où chacun cherche à faire sa place ou souvent seulement à survivre, nous renseigne suffisamment sur leurs capacités de combat... Je n'ai pour ma part aucune difficulté à imaginer ces démonstrateurs de rue devant protéger leur maigre butin dans la vie rude qu'ils devaient mener. Certaines scènes ont été bien reproduites à l’écran dans les anciens films de Hong Kong de la Golden Harvest ou de la Shaw Borthers.

Possédant d'ordinaire quelques connaissances en médecine, il était également fréquent que ces maîtres, itinérants et vagabonds pour certains, fissent commerce de quelques herbes médicinales et remèdes de leur composition en addition de leurs show.

Vendeur de médicaments à la sauvette, notez le serpent dans la main du vendeur. Les animaux sont malheureusement souvent  additionnés aux remèdes de plantes...
Bien que les écoles de kung-fu d'aujourd'hui perpétuent la tradition des démonstrations de rue lors de festivités, les Mai Mo, après avoir été très actifs durant les années 1911-50, disparurent avec l'arrivée du parti communiste, qui ne l'oublions pas, tenta de contrôler les arts martiaux chinois avec la mise en place du Wu-shu moderne avant d'interdire complètement la pratique martiale.

Casse de brique sur la tête, un tour bien connu... Notez ici aussi les armes dont le "Gi dong" attachées en Pyramide.

Les Mai Mo sont souvent dépeints d'une façon assez négative et critique par les maîtres d'aujourd'hui. En effet, user de son kung-fu de cette manière pour gagner sa vie est considéré comme une pratique "de mendiants", de maîtres souvent sous éduqués et assez rustres en comparaison de l’élite riche bien pensante. 

Je crois pour ma part, que de tout temps et surtout en période difficile, les gens ont fait ce qu'ils pouvaient pour pouvoir rester en vie et cela à mes yeux, n'a rien de méprisable...

mardi 3 septembre 2013

Nouveau style enseigné: La boxe du singe de fer (Tit Hau Moon 鐵猴門)

  


Logo de l'école

Introduction

J’ai le plaisir de vous informer de la mise en place d’un nouveau cours le lundi soir, d’un style que je pratique depuis déjà quelques années mais que j’ai tenu jusque là sous silence. 

La boxe du singe, tout comme la pratique des armes traditionnelles, est une pratique secondaire dans notre école, additionnée à celle du Fatsan Pakmei.
La chine est un pays possédant un des territoires les plus vastes au monde et compte parmi ses montagnes de nombreuses aires où vivent des singes. Les plus connus sont les singes du Emei Shan  dans le Sichuan, mais aussi les singes dorés du Shaanxi, il n’est donc pas surprenant de voir de nombreuses formes et styles liés au singe dans les arts martiaux chinois.
白猿出洞 Le singe  blanc sort de la caverne, Sifu Jonathan Barbary  Temple du Roi Singe (Tai Shing Miou) à Hong Kong
De nos jours, bien que de nombreuses boxes aient disparu,  il subsiste quand même encore quelques styles, rares, enseignés de façon confidentielle. C’est le cas de notre style, « la boxe du singe de fer »
Style rare, « la porte du singe de fer » 鐵猴門 (Tit Hau Moon) est originaire de la province du Hubei 湖北 et plus exactement de la montagne de la célèbre héroïne Fa Mulan (Mulan Shan 木兰山).

Lignée :
Sigung Tsé Wing Ming
Sigung Tsé Wing Ming
Sifu Lai Chun Wah
Sifu Jonathan Barbary
*Sifu Barbary est l’unique représentant européen de ce style confidentiel du nord.

Folklore
Rassemblant folklore, culture et techniques martiales, de nombreuses formes et techniques font référence au roman de Wu Cheng ‘En « Pérégrination vers l’ouest 西遊記» ,vantant les mérites du  roi singe Sun Wu Kong 孫悟空 et de ses acolytes Zhu Bajie 豬八戒  le porc, Sha Wujing 沙悟淨le démon et Sanzang 三藏 le moine, dans leur quête pour retrouver les enseignements du bouddha, en Inde. 



Technique

Comme son nom l’indique, c’est une boxe « imitative » empruntant des attitudes et techniques au singe. Il ne faut tout de même pas se méprendre et confondre avec les formes de Wu Shu modernes ; c’est un système de combat possédant de réelles applications, pragmatiques et efficaces. Il s’agit donc d’imiter le singe sans en être ridicule.
Techniquement, ce style se caractérise par un grand travail de saisies et clefs, de coups de pieds hauts, de balayages et de techniques de combats à partir du sol.
                La stratégie de combat est simple : frapper où ça fait mal! Le singe n’hésite pas à user des techniques les plus déloyales, il est vicieux et malin et ses cibles sont à prédominance pour les yeux, la gorge, l’entrejambe… Il tire les cheveux, crache au visage et fait tout ce qu’il peut pour déstabiliser son adversaire.
Ses déplacements sont rapides et agiles et il préfère sortir de l’axe et esquiver plutôt que de contrer de façon directe.
Le style se compose d’une forme main nue, possédant des techniques du singe ivre, et de cinq armes différentes. Chacune des formes d’armes contient  également des techniques mains nues, ce qui rajoute à la richesse du système.
Le Roi Singe dont la spécificité dans le roman est l’utilisation du bâton (Hau Gwan 猴棍), nous lui accordons donc une importance particulière.
Sifu Lai et Sifu Barbary à Mulan Shan, berceau du style

Les formes du style :

-Le singe ivre vole la pêche (Les paumes du singe ivre) 醉猿偷桃
-Le bâton du singe  
-Le bâton de la porte du ciel  猴子天門棍
-L’épée flexible de la porte de la terre 地門劍鞭
-Les doubles anneaux ciel et terre du Lohan qui soumettent le tigre 伏虎羅漢乾坤雙環
-L’anneau d’or 金鋼圈


L'origine du style du "Singe de Fer"
 https://www.youtube.com/watch?v=IIXLCY_VLWs

Le livre étant en préparation, vous en saurez prochainement plus sur le sujet.Pour toute informations, stages... nous contacter.